Je n’ai pas une vie heureuse, ni une vie triste non plus. Aucun doute sur ma démarche, mais horrifiée par mon devenir au travail. De lui va dépendre le bon déroulement des choses. Si je le perdais, que deviendrais-je, où irais-je, comment payer mes factures ? m’accepteras-t’on ? Cela m’obsède, c’est devenu un souci permanent. Cela tient à ce détail près qu’à mesure que mes formes se développent, mon angoisse va crescendo …
On pourrais légitimement s’interroger sur l’intérêt que j’ai à m’engager dans cette voie: il s’agit en fait d’arrêter de survivre et de commencer une existence, la mienne. J’ai une vie sociale pour ne pas dire quasi nulle, mais proche du néant. A être obligée de mener une double vie, je n’existais que quelques heures voire au mieux une soirée. C’est une situation difficile à vivre et à force on fini par couper les liens avec certaines personnes. Les attitudes, les codes et spécificités de chaque sexe sont véhiculés par la personnalité et, de fait, la mienne était la plupart du temps cachée sous un gros pull et une démarche exagérée. Je ne vois quasi personne (car aucun intérêt à être fausse), et le peu de gens que je côtoie, j’ai cette impression de les décevoir. En réalité, c’est m’imaginer à leur place, avec mon propre regard, qui m’effraie ! Comment est-ce que je réagirais dans une telle situation, et me demande: me jugent’ils , ont’ils pitié , est-ce juste de la politesse ?
Rapidement j’aimerais m’enfuir de la maison familiale qui me contraint dans ma solitude. Il n’y a rien à espérer dans cette famille. J’ai heureusement des personnes a qui je tiens et qui m’apportent leur soutient. Mais, derrière mes grands airs, la solitude l’emporte bien souvent. Alors, ma déprime serait-elle due aux effets de l’androcur ? Je ne sais pas… Mais je perds aussi beaucoup de ma motivation. J’avais dans l’idée de lancer un magazine. Et même soutenue je sais que je n’y parviendrais pas. J’ai de trop grandes ambitions et je ne me satisferais pas d’un vulgaire journal en papier maché. Je n’ai pas d’équipe, et des amies se sont vaguement proposées cela dit, je n’y arrive pas, et baisse les bras avant d’avoir commencé. Je n’ai le courage de rien.
Mon corps change, mes humeurs aussi. Je suis devenue infiniment plus sensible et me surprends à sourire pour faire ressortir mes pommettes naissantes ^^ . J’ai pourtant souffert au début du traitement, de fortes douleurs à l’estomac, de la constipation, énormément de fatigue, petites migraines, gonflement des extrémités, etc… Tout cela perdure un peu encore.
Les premiers effets du THS* sont vite apparus. Mon dosage était le suivant: deux comprimés de provames et deux d’androcur, par jour. Après bien des essais, médicaments ensemble, séparés, combinés, la meilleure solution a été de prendre un comprimé de chaque, en milieu de repas. L’acidité est ainsi moins importante dans l’estomac.
Mes cuisses et mes jambes sont rapidement devenues plus arrondies, les genoux ainsi que le pieds. Les pommettes sont également timidement apparues. La poitrine reste pour l’heure discrète mais prends forme. Si bien que je ne peux mettre un tee-shirt sans que cela ne se remarque. Les poils se sont raréfiés, les cheveux plus résistants, les ongles plus fins. Le traitement laser pour le visage fonctionne bien: Deux séances ont déjà eu lieu, le visage est plus clair, plus doux, moins irrité. Avec le traitement hormonal, ma peau en contrepartie est devenue un peu moins rosée et plus sèche. Je suis heureuse de ces petits changements mais il me tarde d’avoir l’ALD** pour faire quelques retouches mineures, mais nécessaires.
Malgré tout, je reste forte, même si je me sens parfois à vingt kilomètres de la réalité. Lorsqu’on est trans, il faut en permanence rester vigilante, s’assumer et se démarquer. J’évite les confrontations avec l’humour, et j’encaisse comme je le peux. Hélàs, les plaisanteries ne me sauveront pas toujours, il faudra que j’affronte, et seule, beaucoup d’étapes.
Ma “famille” j’en ai limite honte et je souhaiterais qu’ils m’oublient, partir de chez eux et ne plus y revenir. Etre dans un chez moi, même petit, mais être tranquille. Je ne dirais pas d’eux qu’ils sont odieux, mais ils sont parfois violents, méprisants et ne montrent aucune affection. Voilà dans quel contexte j’ai grandit. Je ne les blâme pas, je n’ai pas eue à me plaindre: toujours bien nourrie, logée et blanchie… Mais les actes homophobes, transphobes qu’il a eus à mon encontre je ne les oublierais jamais et cela conforte ma haine envers l’homme. Il n’est plus rien pour moi.
Après ces quelques lignes, j’ai le coeur qui palpite, les yeux qui se ferment et des larmes qui coulent, à flots, par moments. Et s’il n’y avais pas de lendemains, la vie serait bien plus simple, non !?
Je vous quitte sur un extrait issu du film lesbien: “Better Than Chocolate“
Un film sur le sujet délicat de l’homosexualité. Une jolie histoire d’amour avec un scénario, pas simplement des roulages de pelles. La découverte de son homosexualité par une jeune femme de 19 ans et l’apprentisage de comment vivre avec et surmonter le regard des autres et surtout celui de ses proches…..
*THS: Traitement Hormonal de Substitution
**ALD: Assertion de Longue Durée: Document produit par la CPAM qui prends en charge toute ou partie des opérations chirurgicales, consultations chez les médecins, prescriptions, etc…




































